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La Citroën GS birotor : "première française à moteur rotatif"

Par François Bretin et Stéphane Wlodarczyk

Après l'épisode M35, la GS est destinée à devenir la première Citroën de série équipée du moteur à pistons rotatifs.

Présentée au salon de Francfort, le 13 septembre 1973, la GS birotor se présente extérieurement comme une GS légèrement modifiée (un projet de différenciation plus importante n'ayant pas abouti, notamment pour des raisons de coût) : ailes AV et AR élargies, capot AV plus épais et rigide, masque et retours de pare-chocs avant différents, pare-brise collé impliquant un pavillon différent, roues à voile plein et enjoliveurs de jantes spécifiques que l'on retrouvera sur les premières CX 2000, jantes à cinq tocs (contre trois sur les GS "normales"), pneus 165/14 (contre 145/15 à la GS "classique"), calandre grise à chevrons dorés, monogramme spécifique "GS birotor" sur l'aile AV droite et le coffre, embout d'échappement en inox, baguettes de bas de caisse, filet de ceinture de caisse blanc et noir, support de plaque d'immatriculation avant en inox, lunette AR chauffante, pare-brise Super Triplex (proposé en option sur les GS classiques  pour l'AM 74)...

Les deux couleurs disponibles sont le beige tholonet et le brun scarabée, les voitures pouvant également être peintes de façon bicolore (la plupart le seront) avec une combinaison des deux teintes (carrosserie brun scarabée/ toit beige tholonet ou carrosserie beige tholonet/toit brun scarabée). En option sont disponibles une radio, un toit ouvrant, des ceintures arrières et les vitres teintées.

GS birotor au salon de Francfort

Première publique mondiale de la GS birotor au salon de Francfort 1973


intérieur

moteur Comotor type 624 

A l'intérieur la finition est d'un degré supérieur à celui des GS existantes : moquette omniprésente au sol, sièges en jersey à appuie-tête incorporé, tableau de bord à cadrans ronds et instrumentation exhaustive (repris plus tard sur les X/X2 ), soufflet du levier de vitesses spécifique, les contre-portes sont recouvertes de vinyle (qui sera remplacé par du tissu en 1975), le tout d'un "caca d'oie inimitable" , dixit Florence Rémy et Marianne Antoine dans l'Auto-Journal ...

Sous le capot on trouve le moteur Comotor type 624 disposé transversalement, c'est un birotor de 2 X 497,5 cm3 (équivalent à 1990 cm3 et 11CV fiscaux), il développe 107 ch DIN à 6500 tr/min pour un couple de 14 mkg à 3000 tr/min. Un avertisseur automatique de surrégime se manifeste aux abords des 6800 tr/min, à l'image de la M35.

Citroën n'ayant pas terminé ses travaux sur l'adaptation de l'injection électronique au moteur Wankel, c'est un carburateur qui a été retenu : le Solex 32 DDITS, dont chacun des deux corps alimente une trochoïde. Sa particularité est de recevoir, en plus de l'essence et de l'air, de l'huile à travers un doseur qui en envoie la quantité correcte suivant la position de la pédale d'accélérateur et le régime moteur, ceci pour assurer le graissage des segments d'étanchéité des rotors (cf Principe et fonctionnement du moteur à piston rotatif ).

L'huile du moteur n'est jamais vidangée puisque consommée progressivement par l'intermédiaire de ce dipositif (environ 1L/1000 Km) ce qui est un avantage par rapport au moteur classique dont il faut à la fois faire le niveau et remplacer l'huile. Le niveau peut en être contrôlé (à l'arrêt) par l'intermédiaire d'une jauge pneumatique disposée devant le levier de vitesses.

L'allumage est électronique fait appel à un boîtier à décharge capacitive (similaire à celui des NSU RO 80) et à des bougies très sophistiquées fournis par Bosch.

La transmission est quant à elle assurée classiquement (si l'on peut dire) par l'ensemble boîte 3 vitesses - convertisseur Verto déjà disponible sur les GS normales, ce dispositif conservant quant à lui une lubrification classique avec vidange. On sait que sur les GS normales, la solution convertisseur réduisait les performances et augmentait notablement la consommation. Ce dernier point étant le talon d'Achille des Wankel, sa présence ici peut surprendre. Mais c'est une des solutions retenues pour supprimer les à-coups à la décélération apparus sur les prototypes. On doit s'étonner également de ce choix unilatéral, quand on sait le peu de cas fait par les Français pour les dispositifs automatiques "à convertisseur" réputés mous et gourmands...

Le refroidissement, autre différence avec la GS que l'on connaît, est à eau par l'intermédiaire d'un radiateur de 9 litres de contenance et refroidi par deux ventilateurs à commande électrique thermostatique.

Un système anti-pollution, sorte de "post-combustion", se charge de brûler les résidus de combustion, consommant au passage une part non négligeable de la puissance du moteur (le dispositif n'était pas obligatoire à l'époque mais Citroën a sans doute voulu expérimenter le système et précéder les futures normes).

L'implantation transversale de l'ensemble moteur/convertisseur/boîte a obligé Citroën à revoir intégralement le train avant de la voiture : la position des freins en sortie de boîte comme sur la GS classique est désormais impossible, dès lors ceux-ci sont logés dans les roues AV et sont ventilés, les disques AR restant pleins. Pour compenser l'accroissement des masses non suspendues par rapport à la GS classique, les pivots de roue intègrent les étriers de freins (à 4 pistons SVP) et sont réalisés en alliage léger, ce qui nous donne au final une très belle pièce pour un amateur de mécanique ! La géométrie du train AV est en tout point comparable à celui de la future... CX et sera reprise pour celle-ci. De fait la GS birotor, en combinant le train avant de la CX, des voies élargies avec le châssis à empattement plus court de la GS, se montre encore aujourd'hui d'une redoutable efficacité sur la route.

train AV/moteur/boîte

Ensemble Train AV/Moteur/boîte de la GS birotor, on peut voir ici l'implantation transversale du moteur ainsi que les disques ventilés.

Les essayeurs de la presse automobile de l'époque mettent l'accent sur le fait qu'il s'agit plus d'une nouvelle voiture qu'une simple GS remotorisée, même si certaines comparaisons avec la GS 1220 sont inévitables : le glissement provoqué par le convertisseur est important surtout au démarrage, et aux 400 m DA, la Birotor est créditée d'un modeste 19 s 3/5 contre environ 20 s pour une GS 1220.

Elle se rattrape aux 1000 m DA qu'elle effectue en 35 s3/5 contre 37 s 3/5 à la GS 1220 et 33 s 2/5 à la DS 23 IE. Elle rend également une bonne dizaine de kilomètres/heures à cette dernière puisque chronométrée près des 170 km/h ( 169,8 pour l'Auto-Journal contre 175 annoncés ) contre plus de 180 pour la DS ( 182,7 km/h, toujours selon l'Auto-Journal contre 188 annoncés ).

 

Au handicap de puissance provoqu é par le convertisseur s'ajoute de plus celui du système de post-combustion. La même voiture équipée d'une boîte manuelle classique aurait été nettement plus nerveuse, et surtout nettement différenciée de la GS 1220 !

La gourmandise du moteur n'est également guère flatteuse, même si la possibilité d'user de l'essence ordinaire atténue la facture. l'Auto-Journal relève une consommation supérieure de 17% en moyenne à celle de la DS 23 IE, avec des pointes à 25 litres aux abords des 170 km/h, une consommation proche de celle relevée par L'Automobile en ville (entre 22 et 25 l/100km) ! La moyenne s'établit à 12,3l/100km pour l'Auto-Journal. Là encore, l'influence du convertisseur n'est pas négligeable, quand on sait que son patinage excessif peut augmenter jusqu'à 6l/100km la consommation urbaine d'une GS 1015...

Le moteur Wankel fait toutefois l'unanimité sur son fonctionnement, André Costa écrit ainsi dans l'Auto-Journal : "A tous les régimes le moteur est doux et silencieux comme un matou satisfait et son équilibre est parfait". Pour L'Automobile : " [...] sans le moindre à-coup, sans la moindre vibration, le moteur déploie une vivacité et un souffle très appréciables", ses montées en régime se font avec une telle aisance qu'il faut la présence de l'avertisseur sonore aux alentours des 7000 tr/min pour réfréner l'ardeur des essayeurs. Au delà de ces satisfactions, qui sont surtout étonnantes chez Citroën puisque ni la DS ni la SM ne sont des voitures silencieuses, il faut souligner la "qualité" du bruit de ce moteur.

Tous s'accordent aussi sur les excellentes aptitudes routières de la voiture : la géométrie du train AV supprime le tangage dû aux accélérations/décélérations, l'absence de roulis, l'adhérence phénoménale, la précision de la direction et la puissance du freinage (point important en raison de la quasi-absence de frein moteur du Wankel) en font une voiture très sûre à haute vitesse, permettant d'exploiter au mieux les capacités du moteur à s'envoler dans les tours.

Les deux magazines tombent d'accord pour trouver la tenue de route supérieure à celles de la GS classique et de la DS. André Costa prend ainsi des accents dithyrambiques pour décrire la tenue à haute vitesse : "Dans un vrombissement de ruche énervée, la Birotor ricoche littéralement de virage en virage avec la mobilité d'un petit coupé sportif et des freins ainsi qu'une direction qui font tout pour faciliter le pilotage.".

En milieu urbain, c'est une autre histoire, la direction est lourde dans les manoeuvres (au contraire de sa douceur lorsque la voiture est lancée), au ralenti "[...] Lorsqu'on maintient la voiture arrêtée au frein et embrayée, [...] des vibrations apparaissent tandis que les bougies tendent à s'encrasser après un long parcours en ville" (l'Auto-Journal). Là également, le comportement serait meilleur avec une transmission classique. Ce genre d'itinéraire deviendra d'ailleurs le cauchemar des utilisateurs, les bougies encrassées faisant caler la voiture et les tentatives de redémarrage noyant inévitablement le moteur - la solution consistant à pousser le moteur dans les tours pour décrasser les bougies. De même les démarrages pouvaient parfois être capricieux et s'accompagnaient d'une épaisse fumée ("échappement fumigène" dira L'Automobile), malgré tout l'attirail anti-pollution... Tandis que la chaleur dégagée par le pot d'échappement et son silencieux avait vite fait de transformer le coffre en étuve (remarque valable à toutes les vitesses).

GS birotor

On distingue ici nettement les passages de roues élargis, et les "petites" roues de 14 pouces qui donnent à la Birotor son aspect "haute sur pattes". En réalité, la birotor n'est que 2 cm plus haute qu'une GS 1220.

Cette nouvelle GS est donc d'abord une autre voiture : c'est une grande routière compacte. Dans cette catégorie ne rentre pas la NSU RO 80 -certes équipée d'un moteur similaire- qui est bien plus imposante et que l'on doit comparer plutôt à la DS.

La GS birotor a les performances, le confort et la sécurité d'une DS, sans présenter le défaut d'un encombrement important.

En conclusion, si tous reconnaissent le caractère novateur de la voiture et les qualités de son ensemble moteur/châssis, les interrogations fusent quant à sa consommation dans le contexte de crise pétrolière (c'est début 1974 que les premières voitures de série parviennent aux mains des essayeurs), et à sa viabilité sur le marché. Ces critiques se révèleront au final assez clairvoyantes comme on va le voir plus loin.

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