Citroën M35 : les premiers pas
Par François Bretin et Stéphane Wlodarczyk
Conçue comme un véhicule test, la M35 doit être
confiée dans le plus grand secret à quelques clients à
des fins d'essais clients "grandeur nature". En effet, les bureaux
d’études savent les qualités de leurs essayeurs qui
ne cassent jamais ce que cassent sans vergogne les clients par la suite.
C’est pour cette raison que le bureau d’études décide
de confier environ 500 de ces prototypes M35 à des clients sélectionnés,
tenus de garder le secret...
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Apprenant cela, Jacques Wolgensinger, le célèbre
directeur de l'information et des relations publiques d'alors, convainc
la direction de Citroën en la personne de Pierre Bercot de
rendre l'opération publique. C'est lui qui a également
l'idée d'apposer le monogramme "prototype Citroën
M35" sur les ailes AV des voitures, ainsi que leur numéro
dans la série des 500 exemplaires prévus.
Il estime à juste titre qu’un tel
secret serait difficilement gardé d’une part, et que
d’autre part si l’information n’est pas précise
au départ elle risque se subir des dérives préjudiciables
à l’image de la Marque. Enfin, Wolgensinger a un esprit
aussi novateur en terme de communication que le bureau d’études
en automobile.
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Pour la premi ère fois, une firme va confier
des prototypes à ses clients ! Les plus fidèles des citroënistes,
supporters de l’innovation, vont pouvoir conduire la Citroën
de l’avenir ! Au reste, l’opération est un succès
puisqu’on enregistre 5000 commandes pour 500 prototypes prévus...
Les clients doivent justifier d'un kilométrage
annuel de plus de 30 000 km, et surtout s'acquitter d'un chèque
de 14.000 Francs de l'époque (au salon 1969, la DSpécial
est à 13.800 Francs). Les premières voitures sont livrées
en 1970, et Citroën prend en charge la garantie du moteur sur deux
ans, les autres parties de la voiture étant couvertes un an.
En cas de panne, Citroën s'engage à intervenir
instantanément, y compris par le prêt d'une voiture de remplacement
le temps des réparations. Le propriétaire n'a à sa
charge que les pièces dont le renouvellement correspond à
une usure traditionnelle : plaquettes de freins, pneus... Au bout des
deux années de l'expérience, Citroën s'engage également
à reprendre le véhicule dans de bonnes conditions financières.
Les témoignages recueillis à l’époque exprimeront
d’ailleurs la qualité de l’après-vente et les
"essayeurs" se sentiront deux ans durant des clients très
privilégiés.
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La voiture se présente sous la forme d'un
coupé 2+2 Ami 8. L'esthétique n'en a pas particulièrement
été soignée, comme en témoigne la curieuse
excroissance du couvercle de malle. Les carrosseries sont fabriquées
par Heuliez à Cerizay. En dehors des prototypes, toutes les
versions arborent une couleur "Gris nacré", avec
un intérieur doté de sièges inédits
en Targa noir. Ces sièges préfigurent ceux de la SM...
La planche de bord, reprise de l'Ami 8, a été
modifiée et on y trouve notamment un compte-tours électronique
avec avertisseur sonore lorque le moteur dépasse 7000 tr/min,
chose facile aux dire des essayeurs de l'époque, le wankel
ne rechignant pas à monter dans les tours. On remarquera
la pertinence de cette solution, nettement préférable
à celle de la coupure d’allumage. |
Pour la suspension, Citroën a réalisé
un habile mélange : si les quatre bras longitudinaux de l'Ami 8
sont repris, à la différence de celle-ci, dans laquelle
chacun des quatre bras oscillants autour d'axes perpendiculaires au châssis
commande un ressort placé horizontalement, ce sont des éléments
hydropneumatiques qui assurent la suspension.
Le moteur, type "KKM-500", est un monorotor
de 995 cm3, il développe 49 ch DIN avec un couple de 7 mkg
obtenu au régime très favorable de 2745 tr/min. accouplé
à une boîte de vitesses inédite (qui est celle
des GS 1015...), il emmène la caisse légère
(815 kg, mais tout de même 100 kg de plus que l'Ami 8!) à
144 km/h.
267 exemplaires seront finalement fabriqués
de 1969 à 1971 (6 en 1969, 212 en 1970 et 49 en 1971), en
place des 500 initialement prévus. Les séries de numéros
apposés sur les ailes avants des voitures seront "arrangées"
de façon à ce que tout donne l’impression que
l’on s’approche au final des 500 véhicules produits
!
Le moteur KKM-500 vu de l'arrière. On distingue du côté
gauche, de haut en bas : l'orifice de remplissage d'huile moteur,
l'alternateur, le mano-contact de pression d'huile et la cartouche
filtrante d'huile moteur. Du côté droit, de haut en
bas : l'allumeur avec sa capsule à dépression à
double effet, le carburateur Solex double corps, l'échappement. |
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Dans la presse, les commentaires les plus élogieux
ne vont pas au moteur (si on loue son silence et l'aptitude de la voiture
sur terrain plat, on déplore son inertie et la perte de vitesse
engendrée par le relief...), mais à la tenue de route et
au confort procurés par la suspension, que tous les journalistes
(de l'Action Automobile à l'Auto-Journal) estiment
très réussie, de plus couplée à un freinage
très efficace. Les... sièges recueillent également
l'approbation de la presse, tandis que le maniement de la commande de
boîte essuie quelques critiques, même si cette dernière
donne par ailleurs toute satisfaction.
Ce bizarre véhicule n'était qu'un coup
d'essai avant le développement d'un moteur pour un véhicule
plus gros, que d'aucuns croiront être la CX, mais la GS sera finalement
choisie. Mis entre les mains de conducteurs effectuant de gros kilométrages
à des fins de test, les véhicules sont ensuite rachetés
par l'usine… et détruits. Près du tiers de la production
aurait néanmoins survécu.
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