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Citroën, le Wankel et NSU : de Comobil à Comotor

Par François Bretin et Stéphane Wlodarczyk

Citroën, toujours à la recherche de solutions techniques originales (considérées à tort ou à raison suivant les cas comme porteuses d'avenir) s'intéressa assez tôt au principe du moteur à piston rotatif et ce dès les années 30, à l’époque où l’ingénieur Dimitri Sensaud de Lavaud proposait son moteur à piston tournant conjointement à Citroën, Renault et au Ministère de l’air (On peut rappeler également que Citroën commercialisa dès 1937 une voiture à moteur Diesel, suivant en cela de près Mercedes-Benz !).

Les années 50 sont marquées pour la firme de Javel par une aventure technique sans précédent –et sans successeur- qui allait conduire à la révolutionnaire DS 19, voiture extravagante s’il en est, mais très classique en ce qui concerne la motorisation puisque celle-ci dérive étroitement du "11D" des ultimes Traction Avant.

Malgré tout, les motoristes Citroën étaient plutôt des gens talentueux, à l’image de Walter Becchia qui "sentait" la mécanique à l’instar d’un Amédée Gordini. On lui doit ainsi la culasse hémisphérique avec chambre en toit (mise au point chez Talbot, et qui équipe 90% des moteurs actuels), le remarquable "flat-twin" de la 2CV et une étude pour la DS d’un moteur 6 cylindres à plat refroidi par air. Ce genre de moteur combinant les avantages du "6 en ligne" au point de vue équilibrage, du "V6" au point de vue encombrement et du moteur à plat pour ce qui est du centre de gravité ( formule utilisée depuis 1963 par Porsche avec le succès que l’on sait sur les 911...).

Mais sans doute la personnalité fondamentale de Citroën ne pouvait s’accorder de techniques "classiques" et le génial André Lefebvre lui-même appelait les moteurs des "tournebroche"... On peut penser que cette définition satirique définissait le vilebrequin et ses bielles, dont le mouvement est mécaniquement peu satisfaisant, à tel point que l’inventeur de ce système James Watt étudia le premier une machine thermique sans mouvement alternatif.

De la même manière qu’une refonte totale de la conception automobile avait mené à la DS 19, Citroën pensait devoir faire "autre chose" que le classique moteur à pistons, et menait des études de motorisations alternatives, du moteur 2 temps à compresseur indépendant à la turbine à gaz. Evidemment, l’annonce des travaux communs de la firme N.S.U. et de Félix Wankel en 1960 ne manqua pas d’intéresser au plus haut point l’état major de la firme de Javel.

Les voitures à moteur à piston rotatifs chez NSU

NSU Spider

NSU Spider (1964-1967)

NSU RO80

NSU RO 80 (1968-1977), voiture de l'année 1968, ici aux prises avec un troupeau de moutons...

(photos © NSU)

Par le biais de ce type de moteur, la firme souhaitait ni plus ni moins, en l'associant aux progrès de l'hydraulique (Direction à assistance et rappel variable en fonction de la vitesse initiée sur la SM, antiblocage de freins - abandonné après la prise de contrôle de Peugeot-, antigite - développée sur des prototypes DS- ), faire un nouveau bon technologique qui la placerait hors de portée de ses concurrents pour une nouvelle vingtaine d'années, comme elle le fit en son temps avec la traction AV ou l'hydraulique de la DS.

Comobil

La firme au double chevron entame une collaboration dès 1964 avec le constructeur allemand NSU. Celle-ci donnera naissance en 1965 à la société d'études Comobil, avec pour objectif la préparation et l'étude d'un modèle d'automobile équipé d'un moteur à piston rotatif N.S.U.-Wankel. La voiture devait être construite par Citroën, à l'exception de l'ensemble moteur qui devait être fabriqué par NSU en Allemagne.

Quelle était la voiture en question dans l'accord ? Sans doute le prototype F, qui était à l'étude depuis 1961 chez Citroën, et devait comporter un dérivé à moteur à piston rotatif. Le projet "S" qui donna la SM restait quant à lui fidèle aux mécaniques élaborées par W. Becchia, puis par Maserati.

Le projet F étant abandonné en 1967, la GS prendra sa suite et sera à son tour développée dans une version à moteur Wankel.

Comotor

Après cette première approche, Citroën et NSU créént, en mai 1967, la "Comotor S.A.", Compagnie Européenne de Construction de Moteurs Automobiles, société ayant son siège à Luxembourg. Son objet est "[...] la production et la diffusion de moteurs automobiles [Wankel] et autres, et de tous accessoires s'y rapportant". Son conseil d'administration comporte des membres des deux marques, avec Pierre Bercot comme président.

On peut légitimement penser que la NSU RO 80 était déjà bien avancée en 1964 et qu’il n’était pas question pour Pierre Bercot de voir naître cette voiture sous le sigle "Comobil" sans les dispositifs d’avant-garde qui font à cette époque le renom de Citroën. Par ailleurs, le "flop" du projet F retarda la sortie d’une nouvelle Citroën, et que la somme de ces événements ont conduit à la création de cette nouvelle société.

Altforweiler

Altforweiler

L'usine d'Altforweiler à l'époque de sa construction (en haut)
et de son inauguration.

En 1969 la concrétisation des liens entre les deux sociétés devient encore plus tangible lorsque Comotor achète en Sarre un terrain de 850 000 m2 pour édifier l'usine qui produira les fameux moteurs.

Les premiers birotors sont produits fin 1972 et l'usine d'Artorweiler est inaugurée officiellement le 14 juin 1973. Dotée d'un effectif de 200 personnes, l'objectif est d'y produire dans un premier temps une moyenne de 30 moteurs par jours.

Les installations inaugurées en 1973 n'étaient représentatives que d'une première tranche d'aménagements, forte de 60 000 m². A terme, ce sont pas moins de 240 000 m² qui étaient prévus. L'effectif devait passer progressivement à 300 personnes pour une cadence quotidienne de 100 moteurs à pistons rotatifs, à 800 personnes pour 500 moteurs pour atteindre finalement une production 5 à 6000 moteurs par jour pour l'usine achevée!

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